4 octobre 2006 : Rassemblement au Pershing Hall

mercredi 4 octobre 2006
par  Collectif LBO
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Rassemblement au Pershing Hall
Le 4 octobre 2006, à l’appel du Collectif LBO, une quinzaine de militants se sont rassemblés à 11h devant les salons de l’hôtel Pershing Hall perturbant la réunion des jeunes loups de la finance du club AFIC Avenir.

Vous trouverez ci-après un compte-rendu sinon lyrique, du moins lisible, voire risible d’un des fondateurs du Collectif LBO.

Si, en investissant ces beaux quartiers, nous avons créé la surprise parmi les indigènes, c’est nous qui fûmes d’abord surpris par l’aspect extérieur de cet hôtel de luxe qu’est le Pershing Hall.
Un porche sévère, des rideaux opaques, des murs austères. Sans la présence d’une discrète enseigne de tissu, nous aurions pu croire nous être fourvoyés dans quelque antre mal famé.

Un jeune portier avenant, quoique étonné de nous voir, nous confirma que nous n’étions pas devant un hôtel borgne.

Le cerbère qui apparut quelques instants plus tard, ni étonné ni avenant, nous engagea vivement à ne pas rester. Pour nous convaincre de l’inutilité de notre démarche, il nous informa bien galamment du départ des jeunes loups de la finance avant même notre arrivée sur les lieux.

Nous décidâmes cependant d’épuiser d’abord notre stock de tracts auprès des rares passants francophones qui ne s’esquivaient pas d’un "no speak french" définitif.

Las, le cerbère en colère s’en fut retrouver son maître.

Quelle ne fut pas alors notre surprise de voir surgir à nos côtés deux nouveaux compagnons non invités à cette cérémonie d’ouverture des hostilités contre l’AFIC.
Se présentant, cartes à l’appui, comme envoyés par le commissariat local, nous hésitâmes à les rappeler à l’ordre sur leur tenue : boucle d’oreille, chemise rayée et cravate flamboyante, veston noir et mine farouche, une telle apparence n’aurait pas dépareillé devant un hôtel louche.

La version de ces messieurs diffère alors de celle de notre précédent interlocuteur : "ces jeunes gens sont partis à 11h15."

"Tiens, nous ne les avons donc pas vus ?"

"C’est normal, ils sont sortis par derrière."

La meute venant de quitter les lieux, il semble donc logique à nos deux policiers que nous fassions de même.

Toutefois, notre stock de tracts n’étant pas épuisé, nous demandâmes un délai de réflexion nécessaire et suffisant. Mettons que l’après-midi pourrait suffire, compte tenu de la rareté des passants, sur notre trottoir en tout cas.

L’hésitation de nos gardes du corps permit incidemment la sortie de notre ami Gonzague de Blignière, ex-président de l’AFIC mais toujours président de Barclays Private Equity. Il devait avoir à payer quelques factures sur place, car ce brave homme nous déclara être spontanément sorti pour aller chercher un carnet de chèques. Il habite donc ici ?

Nous n’avons pas eu l’outrecuidance de lui rappeler l’annotation portée sur la carte des menus de cet établissement : "nous n’acceptons pas les chèques, ni les billets de 500 euros".

Il est certain qu’avec son sens aigu de la déontologie, Gonzague n’aurait pas supporter de continuer à fréquenter un hôtel n’exigeant, en fait, que de petites coupures usagées, comme réclamées dans les rançons ! La rançon de la gloire, en quelque sorte…

Monsieur De Blignière fut fort marri qu’on put lui rappeler ses humbles origines, lorsqu’un hurluberlu lui demanda s’il avait bien affaire à Monsieur Gonzague, Le Barbier de Blignière.

Il s’engagea alors bien vite dans un discours lénifiant, que nous eussions pu qualifier de rasoir si nous n’avions un sens prononcé du respect des patronymes, s’excusant presque de faire son métier parce que les banques ne font pas bien le leur.

Lorsque l’hurluberlu lui demanda si Barclays n’était pas une banque, Gonzague s’offusqua de traiter ainsi un groupement familial de renommée.

Puis il reprit son discours, le ponctuant d’exemples personnels, démontrant que le LBO sauvage, s’il existait, n’existait en tout cas pas chez lui.

Concernant la société Gerflor, racheté en 5ème LBO par Axa private Equity et Barclays Private Equity, Gonzague nous affirma que rien n’était décidé. Nous l’informâmes donc qu’en tout cas le comité central d’entreprise venait d’en avoir, lui, confirmation officielle l’avant-veille.

Il mena si bien la discussion que nous fûmes à nous interroger : n’étions-nous que des mauvais exemples ? Devions-nous réclamer d’être racheté par Barclays Private Equity pour bénéficier des bienfaits d’un tel actionnaire ? Le doute était en nous.

Les salariés de CEGELEC, de TDF, de SOURIAU, d’EUROFARAD, de BANANIA, de l’hôtel CONCORDE LAFAYETTE, de PICARD, etc., n’étaient donc que de "mauvais exemples" ? En somme, plus l’entreprise comptait de salariés, moins elle devenait un bon exemple de LBO ? Ne faudrait-il pas alors démenteler toutes ces grosses sociétés pour n’en faire que de petites, qui deviendraient alors de "bons exemples" ?

Mais, si l’homme semble discourir avec sagesse sur le financement des petites entreprises, il révèle cependant de profondes contradictions face auxquelles il se sent démuni, voire agressé, surtout lorsqu’il est confronté à la réalité sociale que vivent les salariés.
Nous fûmes saisis par une certitude : ce n’était pas un homme, ce n’était qu’un actionnaire.

Nous lui avons suggéré, par exemple, de faire un rappel à l’ordre des membres de l’AFIC ou, puisqu’il n’en est plus le président, de demander à son successeur Patrick Sayer de faire ce que lui n’a pas fait lorsqu’il était président. "Je n’ai pas à faire cela", nous répondit-il en substance. Nous sommes heureux qu’il n’ait pas à s’exprimer sur ce sujet pour que ses codisciplines acquièrent, spontanément, une conscience sociale qu’ils n’avaient pas jusqu’à présent.

En fin de compte, la meute était toujours là, attendant leur gourou pour déguster l’apéro.

Nous eûmes la courtoisie de le laisser à ses agapes.


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