Bulletin d’information du Collectif LBO

dimanche 1er janvier 2006
par  Collectif LBO
popularité : 3%


Attention danger !

Votre société fait actuellement l’objet d’une opération financière appelée LBO (abréviation anglo-saxonne pour Leverage Buy Out, à traduire par "levier d’achat").
Ce type d’opération spéculative d’origine américaine, appelé également en français "Capital Transmission", est apparu en France dans les années 1980 et concerne aujourd’hui plus de 1 000 000 salariés.

Un LBO permet à un ou plusieurs actionnaires historiques d’une société de revendre leurs parts en transmettant la majorité du capital de l’entreprise à de nouveaux actionnaires (sociétés d’investissement, fonds de pension, etc.) associés à des cadres dirigeants.
Mais contrairement aux opérations de fusion-acquisition réalisées dans le cadre d’un projet industriel, ce montage financier n’a pas vocation à accompagner l’entreprise sur le long terme.

Bien au contraire, l’objectif de l’opération vise uniquement à dégager une rentabilité financière extrême sur une période de 2 à 4 ans, puis à revendre la société avec une forte plus-value à de nouveaux spéculateurs.
Le rendement de l’opération est généralement d’au moins 25% par an, soit un doublement voire un triplement (ou plus) de la mise en quelques années : existe-t-il aujourd’hui placement plus rentable ?

Mais d’où provient donc cette rentabilité hors norme ?

Par la combinaison de trois facteurs : investissement minimum, endettement important, profitabilité maximum.

Investissement minimum
Les nouveaux actionnaires ne payent pas la totalité du prix de vente de l’entreprise. Ils n’apportent en fait qu’une petite partie du capital, au sein d’une société écran dite "holding financière".

Endettement important
La holding financière ainsi créée s’endette fortement auprès d’établissements financiers (banques, fonds spécialisés, etc.) afin de compléter la mise des nouveaux actionnaires pour avoir suffisamment d’argent pour acheter l’entreprise vendue.

Profitabilité maximum
Pour rembourser sa dette, la holding financière prélève tous les bénéfices réalisés par l’entreprise. Le proverbe "qui paye ses dettes, s’enrichit" trouve ici tout son sens : la valeur de la société augmente quand elle a moins de dettes !
Cette valeur augmentera donc d’autant plus que la dette initiale sera importante et les remboursements conséquents : c’est le levier financier du LBO.

Prenons un exemple simple

Mise du Fond de pension : 30 M€ ) capital social soit 93,75 % du capital
Mise des cadres dirigeants : 2 M€ ) de l’entreprise soit 6,25 % du capital
Emprunt bancaire : 68 M€ sur 8 ans, au taux fixe de 4%
Valeur d’achat de l’entreprise : 100 M€
Bénéfice annuel de l’entreprise : 15 % de la valeur de l’entreprise

Au bout de 3 ans, le prix de vente possible est de 70 (valeur 100 - dettes restantes 30).
Si les actionnaires vendent à ce moment, ils auront plus que doublé leur mise initiale :
Fond de pension (93,75 % x 70) : 65,625 (mise initiale = 30)
Cadre dirigeant (6,25 % x 70) : 4,375 (mise initiale = 2)

Mais si l’entreprise prend plus de valeur que celle de l’achat initial, ou bien que le prix de revente en fin de LBO est surestimé ?

Supposons que la valeur de l’entreprise n’est plus de 100, mais qu’elle augmente chaque année d’environ 10 %.
Le prix de vente possible devient alors égal à 94 (valeur 133 - dettes restantes 39).
Si les actionnaires vendent à ce moment, ils auront triplé leur mise initiale !

Si la valeur de l’entreprise est doublée, les actionnaires empochent presque 6 fois leur mise !

Et si la valeur de l’entreprise est surestimée au triple de sa valeur initiale, le pactole représentera près de 10 fois la mise !

C’est dire l’intérêt que portent les spéculateurs à ce type d’opération…

Quelles conséquences pour l’entreprise et les salariés ?

Les conséquences de ces opérations sont très préjudiciables aux salariés, car la politique économique et salariale menée au sein des entreprises faisant l’objet d’un LBO va être de dégager d’énormes bénéfices, grâce à la collaboration de quelques cadres dirigeants.
Tout va alors être mis en œuvre pour que l’opération spéculative soit un succès financier.

Idéalement, on cherchera à augmenter le chiffre d’affaires de façon très substantielle (une pression particulière sur le service commercial peut être exercée afin qu’il enregistre de nouvelles commandes).

Mais il faudra également réduire tous les coûts et les risques potentiels de perte. Pour cela, les dirigeants feront feu de tout bois :
- revente de biens immobiliers (siège, usines, entrepôts)
- rationalisation des achats (prestataires) et des cadences de production
- travail en flux tendu pour limiter le coût des stocks
- arrêt ou limitation au minimum des investissements dans les outils de production
- élimination des syndicats revendicatifs
- précarisation des salariés (Intérimaires, CDD, et maintenant CNE/CPE ! )
- diminution de la masse salariale (licenciements, limitations ou gel des augmentations)

Ce seront autant d’atouts lors de la revente.

Plusieurs possibilités sont offertes après un LBO : un nouvel LBO, une entrée en bourse OU pourquoi pas une bonne petite délocalisation comme ils les aiment tant !

Avec les LBO, les opérations de réorganisation sont légions : restructurations de services, d’unités de productions, de sites, de filiales… avec souvent de nombreux licenciements ou « départs volontaires » à la clé.

Conséquences directes ?
- des pertes d’emplois
- une baisse du pouvoir d’achat des salariés
- des risques aggravés en matière d’hygiène et de sécurité
- des risques industriels
- des risques pour la pérennité de l’entreprise
- des libertés syndicales et d’expression bafouées

La propagande des directions
La diffusion d’information dans l’entreprise est toujours savamment orchestrée pour convaincre les salariés du bien fondé des restructurations :
- sauvegarde de la compétitivité, de l’entreprise et de ses emplois
- menace de délocalisation, voire d’une vente (ce qui est un comble quand on sait que la vente est l’objectif final des spéculateurs dès l’achat !)
Le but est d’abord d’éviter tous les risques sociaux découlant d’une prise de conscience collective des travailleurs, car cela amoindrirait la valorisation financière de l’opération !

Malheureusement, de nombreux salariés se laissent prendre au piège, surtout lorsqu’ils touchent la participation et s’aperçoivent qu’elle augmente chaque année : ils considèrent alors - à tort ! - que leur rémunération globale progresse et que leur entreprise a de beaux jours devant elle. C’est en tout cas l’argument utilisé par les patrons pour justifier et légitimer la politique économique de l’entreprise auprès des salariés.
Pourtant, l’augmentation de la participation n’est en fait qu’un effet mécanique de l’augmentation des bénéfices. N’est-ce pas, en fin de compte, le prix du silence face aux licenciements ?

Ne nous y trompons pas !
Spéculateurs et dirigeants travaillent main dans la main durant toute l’opération LBO, afin de pressurer l’entreprise et ses salariés au maximum, avec les graves conséquences sociales que l’on connaît. Ils ont en effet le même intérêt financier dans l’affaire, car tous ont investi et se partageront le gâteau en fin d’opération.

Pour réagir face à ce nouveau péril, plusieurs militants de la CGT ont décidé de mettre en commun leurs expériences au sein d’un collectif de lutte contre les LBO.

Le COLLECTIF LBO a pour objet d’informer les salariés concernés et leur faire prendre conscience du véritable enjeu de ces opérations catastrophiques pour l’emploi et la pérennité des entreprises.

Le COLLECTIF LBO appelle les salariés à s’organiser collectivement au sein de leur syndicat contre ces financiers sans scrupules !

Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à contacter le correspondant du COLLECTIF LBO dans votre entreprise ou à vous connecter sur le site et le blog du COLLECTIF LBO : www.collectif-lbo.org


Commentaires