Janvier 2007, Fonds d’investissement : une menace économique et sociale...

lundi 1er janvier 2007
par  Collectif LBO
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Paris, le 16 janvier 2007

Fonds d’investissement : une menace économique et sociale...

La vague des opérations de rachat à crédit de nos entreprises les plus prospères par des fonds d’investissement (opérations de LBO), constitue une menace sans précédent pour l’ensemble de notre pays.

Le surendettement ne concerne donc plus seulement les ménages, mais aussi les entreprises, en raison de la pression financière exercée par ces actionnaires d’un nouveau genre que sont les fonds d’investissement.

Lorsque les LBO sont des succès financiers, ils s’empressent d’en revendiquer les résultats bénéfiques qu’ils croient avoir produits, mais n’en assument jamais les conséquences sociales négatives : la désindustrialisation, les délocalisations, la précarité, le chômage et l’exclusion.

Ces « nouveaux » patrons, financiers de haut vol, opèrent désormais au sein de structures juridiques opaques, souvent basées dans un paradis fiscal, amassant des capitaux d’origine inconnue, faisant et défaisant les économies locales ou nationales.

Le LBO est une opération financière permettant à des investisseurs d’emprunter près de 70 % du montant nécessaire à l’achat d’une société, faisant porter la responsabilité du remboursement des emprunts (et donc le risque de surendettement) à l’entreprise qu’ils acquièrent, pour la revendre avec profit dans un délai très court.

Les surgelés Picard, les Pages jaunes, Philips, les magasins du Printemps, Télédiffusion de France sont quelques-unes des 1 600 sociétés françaises touchées à ce jour. Tous les types d’activités sont concernés : de la chimie à la construction, de la métallurgie à l’automobile en passant par la distribution, le commerce et les services. La presse non plus n’est pas épargnée : le Figaro, le Moniteur, les Échos peut-être bientôt. Certains évoquent même la possibilité d’un rachat de Suez avant même la fusion avec GDF.

Le LBO est une machine « étonnante ». En effet, une entreprise saine reprise par des investisseurs aux côtés de managers peut rapidement devenir instable et susceptible d’être mise en risque, au moindre sursaut de sa clientèle ou de ses fournisseurs. Incapables de surmonter les défis futurs par l’absence de réserves et le manque d’investissements, bon nombre de ces sociétés finissent par disparaître ou être vendues par appartements ou en bloc à des concurrents sans scrupule, qui rachètent surtout l’activité mais rarement les salariés qui la font vivre.

L’argument commercial de l’Association française des investisseurs en capital (AFIC) est également surprenant : « lorsque des difficultés apparaissent ou rendent la restructuration indispensable, le LBO n’est pas perçu comme en étant la cause ». Un argument pour le moins singulier : ni responsables, ni coupables ! Protégés par le code de « déontologie » de l’AMF (ex-COB) et juridiquement déconnectés de l’entreprise cible grâce à des sociétés écrans, ces actionnaires sont donc assurés de n’être jamais inquiétés ni par la justice, ni par l’inspection du travail.

Les fonds d’investissement mettent en cause notre modèle national en détournant le Code du travail et en détruisant nos principes démocratiques et républicains, essentiels à la poursuite du progrès social. Discrimination, corruption, entraves et judiciarisation des rapports sociaux deviennent le quotidien des entreprises sous LBO : l’objectif est de préserver coûte que coûte une paix sociale favorable à la réussite financière de l’opération. Un régime fiscal avantageux permet à ces financiers d’échapper aux contributions des frais de la collectivité, alors qu’ils en génèrent souvent une partie des coûts, comme le chômage ! La mainmise de fonds étrangers sur les entreprises françaises ne reflète-t-elle pas une nouvelle forme d’espionnage industriel et de pillage technologique ?

Ces opérations de LBO nous éclairent parfaitement sur la transformation majeure que vit notre économie soumise à la mondialisation et aux financiers qui la contrôlent. Cependant, il semblerait que nous n’ayons pas encore complètement pris la mesure du problème, et encore moins produit les antidotes pour soigner cette « infection » qui nous ronge.

Des solutions existent, heureusement. Le collectif LBO y travaille activement, malgré ses faibles ressources. Dans cette économie mondialisée, où le politique subit une pression considérable de la sphère financière et actionnariale, la démocratie délégataire a démontré ses limites. Il faut donc renforcer la démocratie sociale de toute urgence en permettant davantage aux salariés de prendre part à la vie économique et sociale de leurs entreprises. Seule l’union des rapports de force créés par les salariés dans chaque structure publique et privée pourra permettre l’émergence d’une dynamique nouvelle de la société civile. Indispensable à la transformation sociale dont nous avons tous besoin pour lutter contre la prolifération des zones de non-droit. Cela passe donc par l’information des salariés, leur permettant d’acquérir les bases suffisantes pour contrer les arguments fallacieux qui leur sont distillées par la propagande des investisseurs financiers qui, eux, disposent de moyens colossaux.

Mais il faut également que les citoyens soient conscients des risques portés par la financiarisation de l’économie et le contrôle grandissant des fonds de pension sur la démocratie. Il est aussi urgent que tous les leaders syndicaux créent les conditions radicales d’une mutation sociale, plutôt que de tenter parfois de faire accepter au mieux le soutenable, au pire l’inacceptable, pour conserver la paix sociale dans le pays.

Les politiques auront-ils le courage de faire bloc face au lobbying exercé par ces fonds d’investissement ? La représentation nationale ne se doit-elle pas d’être à la hauteur des exigences citoyennes ?

À cet égard, la proposition de résolution visant à la création d’une commission d’enquête sur la place et le rôle des fonds d’investissement dans l’économie française va être révélatrice des positions fondamentales défendues par les représentants du peuple et de leur sensibilité à l’influence des lobbies financiers et bancaires. Dans cette période préélectorale, ces prises de position auront un grand intérêt pour préjuger de l’avenir de notre économie et de notre démocratie. La création de cette commission doit être discutée le 17 janvier par les député(e) s. Le collectif LBO invite à un rassemblement devant l’Assemblée nationale ce jour-là de l’ensemble des organisations militantes, syndicales, politiques et associatives souhaitant soutenir la création de cette commission.

(*) De l’anglais Leveraged By Out (endetté avec effet de levier).


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